Roc Marciano Behold a Dark Horse

Roc Marciano Behold a Dark Horse

« La meilleure compagnie d’un mac, c’est lui-même, et sa vie intérieure qui l’occupe entièrement ». Toute l’œuvre de Roc Marciano tend à confirmer ces propos écrits par Iceberg Slim. De ce maquereau reconverti en romancier, Marci a hérité d’une écriture aussi brute qu’imagée, fleurie par un argot des bas-fonds qui prend parfois des tournures poétiques. Slim et Marci partagent aussi un sens du détail organique. Quand le premier nous racle les narines en décrivant l’odeur de ses tapineuses, le second fait ressentir le contact du vison sur sa peau de bébé.

Dans les textes aux phrases courtes et dépouillées de Roc Marci, la fièvre de l’or et l’opulence ont attaqué l’esprit des pimps. Ils sont devenus misanthropes, mais la folie les a aussi rendu drôles et vifs d’esprit. Ses confessions sont pleines d’aphorismes au sens multiples, et de séquences courtes en très gros plans qui dessinent des scènes complexes. Il lui suffit d’évoquer la température d’un oreiller pour qu’apparaissent à la fois l’idée de paranoïa, la soif du dollar et la violence de son milieu.

Depuis Marcberg en 2010, cet ancien membre du Flipmode Squad de Busta Rhymes est aussi beatmaker. Ses boucles sont taillées pour emporter sans caisse claire, et le sequencing enchaine les productions comme des rebondissements de fin de chapitre. Ses samples de soul et de jazz fusion pourraient rappeler la bande son de la blaxploitation, mais la froideur du style et de l’attitude renvoie d’avantage au cinéma européen et aux films d’hommes de Jean-Pierre Melville.

Avec Rosebudd’s Revenge, de loin l’album le plus soulfull de sa trilogie sur les macs, Roc Marciano fait un pied de nez au rebondissement final de Citizen Kane. Comme dans le film il se projette dans des flashbacks, mais contrairement au héros d’Orson Wells, peut les contempler sans une once de regret. Marciano est heureux que les circonstances l’aient piégé dans une vie de malfrat, et attend de finir exilé sur une plage, le corps déformé par ses excès comme Marlon Brando.

Chaque ligne a droit à son image ou sa référence sophistiquée. Dans ses mocassins en alligator, le Roi de Long Island nous ballade entre grande cuisine et ultra violence, se détend dans la bouche de Christina Applegate puis combat le racisme en trempant le visage de Jésus dans l’or blanc. Ses longues descriptions métonymiques ne servent finalement aucune histoire, mais continuent de solidifier l’univers qu’il s’est construit tout au long de sa discographie.

Ce mois-ci, Roc Marciano sort un album surprise intitulé Behold a Dark Horse. Enregistré cette année dans les studios de Q-Tip, qui a chapeauté une grande partie de la création du disque, cet album réunit le plus beau casting à avoir entouré Marci depuis son opus magnus Reloaded en 2010. On y croise Busta Rhymes, Q-Tip évidemment, mais aussi Alchemist, et l'inévitable Animoss, qui après avoir produit le dernier album de Ka, continue de s'imposer comme un des beatmakers phares du rap new yorkais actuel... tout en étant originaire de Los Angeles.

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