Sada Baby « Skuba Sada »

SKUBA

On a déjà évoqué à quel point la scène gangsta rap de Detroit est une des plus captivantes. Y mettre le nez, c’est se faire aspirer dans un vortex froid à s’en chopper des engelures, c’est croiser des personnages plus outranciers et sauvages les uns que les autres. C’est aussi découvrir un son, un argot, des histoires de vie, une géopolitique et une culture locale qui ne demandent qu’à être décryptés et documentés.

Cette année a été particulièrement productive, quantitativement, qualitativement, et certains rappeurs sont peut-être en train d’ouvrir des portes à leurs pairs.

En flotteur sur ce mélange de gangsta bounce, de funk asséchée et de trap, typique de l’air post-Blade Icewood à Detroit, Sada Baby livre avec Skuba Sada un des quelques indispensables. Son parfait équilibre d’humour trash et d’ultra violence peut rappeler l’apogée de Kaaris, époque Or Noir, avec qui il partage aussi une science de la barbe taillée et un respect très limité pour la soeur d’autrui. Quand il se met à chanter avec sa voix de velours, ses farces lui donnent des airs complètement psychopathes qui décuplent le punch d’un album déjà bien chargé en adrénaline, avec ses refrains minimalistes répétés en tourbillon et ses montées en puissance pleines de rayons lasers et de vents synthétiques.

Ecoutez les singles 2K17, le complètement malade Return Wit My Strap, ou son plus gros succès à ce jour, Stacy, sorti l’an dernier.

Skuba Sada est disponible sur iTunes et les plateformes de streamings.

 

 

 

MANGER LOURD – EPISODE 8

Emblèmes des charcuteries juives de la Côte Est, les viandes fumées sont une vieille spécialité européenne, américanisée après avoir été adaptée en sandwich. Américain aux origines européennes, le rappeur Wiki est un peu comme un Smoked Meat Sandwich. Juteux et saumuré ? Non, new-yorkais du pain jusqu’à la sauce.

WIKI

Achetez 600 grammes de viande chez le boucher, au choix :

Du pickelfleish : de la poitrine de bœuf bien grasse, qui a été mise en saumure avant d’être cuite à la cocotte.

Du pastrami : de la poitrine de bœuf, mise en saumure, cuite en cocotte puis fumée et pressée. Elle est plus épicée, aillée et poivrée que le pickelfleish

De la smoked meat classique, plutôt bœuf mais dinde ou veau font l’affaire.

Vous pouvez coupler les viandes entre elles, la seule règle à respecter est d’avoir 600 grammes de tranches couper très finement. Si votre boucher n’est ni alsacien, ni turque, ni juif, tentez votre chance à l’hypermarché.

Réchauffez vos tranches de viande 1 bonne minute au four micro-ondes.

Taillez 2 pommes vertes en fines juliennes. Faites les baigner dans 1 cuillère à soupe de jus de citron et 1 cuillère à café de piments d’Espelette.

Faites griller 8 tranches de pains. Pain de seigle, pain de campagne ou pain de ménage, optez pour un pain coupé en grandes tranches épaisses.

Tartinez abondamment, sur un seul côté, chacune de vos 8 tranches de pain grillé, avec de la sauce Hot Dog Relish, ou un combo de moutarde J.R.’s Main Events et de pickles Heinz à hamburgers.

Couvrez quatre tranches de pain avec de la viande et de julienne de pommes. Rajoutez du cheddar, en tranches que vous laisserez fondre sur la viande encore chaude, ou en spray Easy Cheese pour les plus pressés. Recouvrez avec les quatre tranches restantes, côté tartiné toujours vers l’intérieur.

C’est mauvais pour les artères, donc forcément absolument délicieux. Votre Smoked Meat Sandwich se couplera à merveille avec de grands cornichons casher et l’écoute de No Mountains In Manhattan de Wiki, un album qui plonge tellement dans New York qu’on en sort avec les baskets sales et l’envie d’aller s’acheter une canette à l’épicerie du coin.

illustration : Ivan LaVague

 

Wiki « No Mountains In Manhattan »

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Wiki rentre de tournée et retrouve son île de Manhattan, excité comme un soldat de retour au pays. Ses billets d’avion échangés contre une Metro Card, il part en quête du typique et des figures locales, agit de manière caricaturale, presque comme un touriste dans sa propre ville. Un détail fait basculer ce New York de carte postale dans le poétique, peut-être le fantastique : à l’horizon, le rappeur édenté contemple une montagne. Mais, il n’y a aucune montagne à Manhattan…

On entend le gars normal fan de Cam’Ron, de Buckshot, d’ODB, et Ghostface fait même une apparition irréel, au volant d’une Porsche de super héros, les os recouverts de titane. Des hallucinations dans un univers par ailleurs réaliste, où l’on est guidé dans China Town au bruit des cloches et des oiseaux, puis s’arrête à mi-parcours en haut d’un toit d’immeuble, pour boire une bière tiède face à un coucher de soleil africain.

Tout ce qui monte doit redescendre, et Wiki emprunte ensuite l’autre versant de sa vie, de sa ville, de son album. Ses addictions, ses tumultes amoureux, la fin de l’enfance, la ramasse, du plus lourd au plus léger, il glisse jusqu’à revenir à sa situation initiale, repart sur scène, juste changé, comme s’il avait « vieilli de 6 ans en 10 jours ». Finalement il y a bien une montagne à Manhattan, et par magie, nous l’avons escaladée sans nous en rendre compte.

Après une tripoté d’EPs et de mixtapes, No Mountains In Manhattan est le premier véritable album solo de Wiki. « I sat down to make an album. Not a project. Not a mixtape. An album. Type I grew up on : College Drop Out, Aquemini, Get Rich or Die Trying, Purple Haze, Blueprint, etc. Fools don’t be making real albums any more ». Produit entre autres par RandomBlackDude (aka Earl Sweatshirt), Kaytranada, DJ Teklife, ou Sportinglife (de RatKing), NMIM décrit New York par petits bouts, à travers des micro interactions, des prénoms, des noms de restaurants, des métissages euro-sud-américains et des grosses odeurs de bagels.

Ecouter « No Mountains In Manhattan »

 

« A Fish In The Percolator »

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Le D.M.V. est une aire qui s’étend autour de Washington D.C., incluant une partie du Maryland et de la Virginie. A la manière de Sacramento avec la Bay Area, Baltimore, en tant que ville indépendante, n’en fait techniquement pas partie mais ses rappeurs sont souvent assimilés à ce triangle d’or. C’est pourquoi A Fish In The Percolator rassemble des chansons venues de D.C., de Virginie mais aussi de le ville de The Wire.

Grâce à des coups de pouce de Gucci Mane et André Benjamin, ou portés par les algorithmes secrets du label 300, WillTheRapper, Tate Kobang, YBS Skola, Divine Council et les Creek Boyz commencent à avoir un début de reconnaissance méritée. Ils sont les arbres qui cachent une forêt fourmillant d’autres pépites que vous retrouverez sur cette compilation.

Libérez Fat Trel, et que Lor Scoota et 30 Glizzy reposent en paix.

Télécharger « A FISH IN THE PERCOLATOR »

 

Florida Rap « Keep Lockin »

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Keep Lockin compile 24 traces d’une réalité alternative appelée « la Floride » où Soulja Slim et Lord Infamous sont restés vivants assez longtemps pour remplacer Jay-Z et Kanye West. Ou plus sérieusement, c’est un résumé subjectif du rap floridien actuel, avec ses sosies de Lil Wayne, ses fils de Trick Daddy, quelques légendes en préretraite, et d’autres en cours de façonnage. Aujourd’hui, la Floride est une des terres les plus fertiles (en rappeurs) au monde, et un vrai bouillon de cultures, grâce à son immigration caribéenne, plus que jamais nourricière du rap et de ses récentes évolutions.

Télécharger « Keep Lockin »